QUEL EST LE POTENTIEL THERAPEUTIQUE DES SUBSTANCES PSYCHEDELIQUES ?



Les substances dites “psychédéliques” réunissent les agonistes partiels des récepteurs sérotoninergiques 2A, tels que la psilocybine des champignons hallucinogènes, la mescaline du peyotl, la diméthyltryptamnie de l’ayahuasca ou encore le LSD (acide lysergique diéthylamide) synthétisé par Albert Hoffmann et Arthur Stoll dans les laboratoires Sandoz au début des années 40 à partir de l’ergot de seigle.

Les effets classiquement attendus à la suite d’un usage de psychédéliques sont des hallucinations et un état d’introspection.



Historique

Retrouvé il y a plusieurs centaines d'années parmi des peuples amérindiens, l’usage des psychédéliques pour leurs effets psychotropes, n’a pas, contrairement aux idées largement répandues, concerné uniquement le mouvement de contre-culture du milieu du XXe siècle mais a bien traversé les siècles. Leurs usages ont montré l’étendue des potentialités de ces substances psychédéliques, terme inventé par le psychiatre Humphry Osmond en 1956 et dérivé du grec signifiant “qui rend visible l’âme”.


Le monde occidental s’intéressa au potentiel thérapeutique des psychédéliques et notamment de la mescaline dès le début du XXe siècle. La découverte du LSD a ouvert la voie à plusieurs décennies d’expérimentations scientifiques (et d’auto-expérimentations) ainsi que de résultats bénéfiques, principalement aux États-Unis, au Canada et en Suisse. La France de l’époque restera toutefois assez éloignée de ces recherches, avec seulement quelques psychiatres expérimentateurs tels Jean Delay (l’oniro-analyse) ou Henri Ey à Centre hospitalier de Saint-Anne mais sans résultats probants.


Cette première vaque de médecine psychédélique prit fin dans les années 70 après le classement des psychédéliques sur le tableau 1 de la convention de 1971 sur les substances psychotropes. Ce tableau regroupe les “drogues au potentiel d’abus élevé présentant un risque grave pour la santé publique et à faible valeur thérapeutique”. Cette classification, toujours en vigueur est aujourd’hui largement remise en question, notamment par la Commission globale de politiques en matière de drogues, dénonçant, dans son rapport de 2019 un régime de contrôle des drogues « modelé par les préjugés culturels coloniaux et les notions pharmaceutiques occidentales, qui sous-tendent encore les idées fausses concernant les drogues illégaleset leur nocivité comparée ». Pour rappel, Nutt et son équipe avaient publié en 2010 une étude dans le Lancet, évaluant la dangerosité des substances psychoactives selon les dommages aux usagers et les dommages à autrui. Alors que l’alcool prenait la tête du classement, les champignons hallucinogènes et le LSD figuraient en dernière et avant dernière position.

État de la recherche

Le début des années 2000 a marqué un renouveau de la recherche dans le domaine des de l’utilisation des psychédéliques en santé mentale, malgré l’obstacle légal du classement, et dans un contexte d’absence de nouveautés thérapeutiques en psychiatrie. Ainsi, les travaux des équipes de l’Université Johns Hopkins ont-ils montré des résultats positifs quant à l’utilisation de psilocybine dans l’addiction au tabac ou encore dans l’anxiété chez des patients souffrant de cancer (Griffiths et al., 2016 ; Johnson and Griffiths, 2017). Le Centre for Psychedelic Research de l’Imperial College à Londres, pionnier en neuroimagerie des effets du LSD, s’intéresse aujourd’hui plus particulièrement à la psilocybine dans le traitement des dépressions sévères.


En France, une étude d’approche translationnelle combinant des données chez le rat et des données cliniques a été lancée en décembre 2021, elle visera à évaluer les possibles bénéfices du LSD dans la dépendance à l’alcool.


Si Johnson et al. ont publié en 2008 un guide de bonnes pratiques pour la recherche sur les psychédéliques chez l’humain, celle-ci pose toujours la question de la faisabilité des essais cliniques randomisés en double aveugle, ou comment maintenir l’aveugle avec des molécules produisant des effets psychiques tels que ceux des substances psychédéliques ?


D’autres substances psychoactives, aux modes d’actions différents des psychédéliques, telles que la MDMA ou la kétamine font également l’objet de recherches encourageantes, respectivement dans le PTSD ou l’addiction à l’alcool (Ben Sessa et al., 2020) et la dépression.


Actuellement, l’utilisation des psychédéliques en médecine reste toujours en expérimentation mais elle permette d’envisager de nouvelles perspectives thérapeutiques.

Références:


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