QUE NOUS ENSEIGNE LE BILAN QUALITATIF DE LA 1ERE EDITION FRANÇAISE DU DRY JANUARY EN JANVIER 2020

En se basant sur le modèle du Dry January® lancé en janvier 2013 par l’association Alcohol Change UK en Grande Bretagne, des associations, professionnels et sociétés savantes françaises se sont unies pour proposer une adaptation Française de ce Défi lors du mois de janvier 2020.



La règle du Dry January® est simple : il s’agit de s’abstenir de consommer de l’alcool entre le 1er et le 31 janvier.

Cette campagne s’adresse donc aux personnes non alcoolo-dépendantes désireuses de :

  • réfléchir à leur consommation d’alcool en expérimentant une pause après une fin d’année souvent accompagnée de multiples occasions alcoolisées,

  • découvrir les bénéfices d’un mois sans alcool,

  • sortir des comportements routiniers en lien avec l’alcool, en dissociant notamment les activités plaisir des prises d’alcool.


Les aspects de motivation, d’opportunité et de capacité, en jeu dans les dispositifs de marketing social tel le Dry January®, ont été plus particulièrement étudiés.

  • La motivation : celle-ci augmenterait avec une meilleure communication tant sur les bénéfices attendus par une réduction ou un arrêt de ses consommations d’alcool que sur la cible de la campagne (la représentation selon laquelle le défi est réservé aux personnes en difficulté avec l’alcool semble être un frein majeur).

  • L’opportunité : le choix du mois de janvier semble approuvé. Les participants suggèrent une plus forte médiatisation et l’organisation d’évènements physiques et festifs (notamment en partenariat avec l’industrie de l’hôtellerie-restauration) susceptibles de créer une véritable communauté engagée dans ce défi annuel.

  • La capacité : si la pression sociale de l’engagement dans le défi est perçue comme une difficulté importante, elle est atténuée par le côté ludique et la souplesse des modalités de participation puisque chacun peut finalement choisir ses propres objectifs. Le développement de ressources et de soutien aux participants ainsi qu’une plus grande notoriété de l’évènement, permettant d’accroître les soutiens et participations de l’entourage proche, familial, amical ou professionnel, sont autant de pistes pour diminuer les craintes et augmenter le sentiment d’auto-efficacité des participants.


Santé Publique France a publié en décembre 2021 une étude qualitative de la campagne 2020 en recueillant la parole de personnes inscrites, non inscrites et non participantes au défi, soit au total 71 personnes, âgées en moyenne de 33 ans et dont la moitié annonçait une consommation hebdomadaire supérieure à 10 unités d’alcool.


Voici quelques résultats de l’étude :

Un contexte peu favorable :

  • L’alcool profondément inscrit dans les usages sociaux français avec des représentations très positives, associées à la convivialité, au partage et à un art de vivre gastronomique. La consommation est rarement jugée problématique par les personnes interrogées de l’étude. Elle est au contraire perçue comme une consommation incontournable des moments importants, des célébrations et des fêtes.

  • En France, la non-implication de l’Etat dans l’opération a été marquée par de nombreuses critiques et débats dans les médias. Cela a rendu le lancement en France de l’opération plus fragile et peu visible car non soutenu finalement officiellement par les pouvoirs publics. Certaines personnes y ont vu un caractère militant de participer à cette nouvelle opération.

  • Une méconnaissance ou mise à distance des risques associés : seule une consommation excessive pourrait entrainer des risques graves (cancers, dépendance) pour la santé selon les personnes interrogées. D’autres croyances persistent comme celle sur l’effet bénéfique du vin à faible dose pour certains.

  • La pression sociale à ne pas consommer : c’est le cas des jeunes qui n’aiment pas toujours le goût de l’alcool mais qui se sentent obligés pour appartenir à un groupe et être dans l’ambiance. Il en est de même dans le milieu professionnel où il apparait souvent difficile de décliner une proposition de boissons alcoolisées.


Des leviers sur lesquels s’appuyer pour motiver à participer :

  • Après les fêtes de fin d’année souvent accompagnées d’excès en tout genre, ce défi peut permettre « une détox », « une purge » du corps en adoptant un objectif d’abstinence ou de réduction de sa consommation d’alcool. Ce défi peut également attiser la curiosité sur sa capacité de résistance face à la consommation d’alcool mais également de faire le point sur son rapport à l’alcool. Découvrir des bénéfices sur son corps et son environnement à la suite d’une telle expérience d’abstinence peut déclencher l’envie d’y participer voire même, de se lancer sur un projet de vie plus global tel qu’un projet de grossesse ou d’adopter un mode de vie plus sain pour sa santé.

  • Des effets négatifs de l’alcool avec l’âge qui questionnent : les excès qui mènent « à la gueule de bois », plus difficiles à supporter avec l’âge évoqués par les plus de 30 ans, mais également les pertes de contrôle (vomissements, trou noir, mise en danger…) par les plus jeunes. De plus, les risques à long terme associés à l’alcool sont peu connus. Seul l'impact négatif de l'acool sur la prise de poids et sur l'énergie, sont identifiés globalement par les personnes.

  • L’entourage et l’entraide entre participants constituent de véritables soutiens pour les participants qui y trouvent des alliés. Des outils tels que des applications ou réseaux sociaux permettent pour certains de maintenir la motivation, de rechercher un soutien et de trouver de l’information. En France, en 2020, seule l’application anglaise Try Dry était disponible et donc limitée aux personnes maitrisant l’anglais. Cela a été jugé insuffisant tout comme les informations générales contenues sur le site internet www.dryjanuary.fr.


Des freins à la participation au défi repérés :

  • La crainte d’être identifié ou de se penser comme quelqu’un qui a un problème avec l’alcool. Également une erreur de cible perçue pour cette campagne, où les non-participants pensent que ce défi de janvier ne concernerait que les personnes dépendantes ou des jeunes consommateurs qui ne maitrisent pas leurs consommations. Ils ne se sentent ainsi pas concernés par l’opération et mettent le défi à distance. Aussi les effets bénéfiques à une pause d’alcool ne sont pas toujours bien identifiés contrairement au coût social de l’abstinence qui lui, est très bien repéré et génère des craintes et des interrogations sur la manière de relever le défi, sur la nécessité de modifier complètement ses habitudes sociales.


Perspectives et conclusions :

Il semble nécessaire d’éclaircir la cible et l’objectif de l’opération (pause et non arrêt définitif) pour que les différents profils de consommateurs (inquiets, consciencieux, joueurs et opposants) se sentent plus concernés et que les messages soient les plus adaptés aux diverses situations et préoccupations rencontrées. Tout ceci permettrait de lutter au mieux contre les idées reçues selon lesquelles ce type d’opération serait réservé aux personnes en difficulté avec l’alcool, ce qui représente un frein majeur à la participation. Une médiatisation massive de cette opération semble également indispensable à la création d’une nouvelle norme sociale en janvier, à l’instauration d’un rendez-vous annuel et à la création d’une communauté de challengers. Des partenariats avec l’industrie et la restauration pourraient être intéressants pour développer une offre de boissons non alcoolisées attractives sur cette période comme c’est le cas dans d’autres pays proposant ce défi. Aussi, l’évaluation montre que la tonalité ludique et la souplesse dans les modalités de participation (réduction ou abstinence, joker pour un évènement) réduisent le coût social perçu (craintes anticipées) par les participants et favorisent leur engagement dans le défi en laissant ainsi, plus de libertés. D’année en année, une notoriété de l’opération plus importante devrait permettre aux futurs participants, de se sentir moins isolés et d’entrainer plus facilement, l’adhésion et le soutien de leur entourage.


L’édition Dry January® 2022 comptera plusieurs villes françaises engagées dans la campagne : Brest, Grenoble, Nantes, Lyon et Toulouse déploieront ainsi des actions d’information et de sensibilisation au plus près de leurs habitants.


Le principe de cette campagne est de proposer un défi ayant une tonalité ludique en mettant en avant les bénéfices de l’abstinence de l’alcool plutôt que les risques liés à sa consommation. L’objectif final étant d’inciter à réduire et à dénormaliser la consommation d’alcool

de la population générale.


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Visualisez notre infographie pour mieux comprendre le Dry January en 1 coup d'oeil



Sources :

www.dryjanuary.fr

www.sfalcoologie.asso.fr/download/AA2021_2-QUATREMERE.pdf