COMMENT LES JEUNES PERÇOIVENT L’ALCOOL EN SOIRÉE ?


L’enquête ARAMIS 2 (Attitudes, Représentations, Aspirations et Motivations lors de l'Initiation aux Substances psychoactives) coordonnée par l'OFDT, réalise un focus sur la consommation d’alcool en soirée chez les adolescents et les jeunes adultes.


Des fêtes de « riches » et de « pauvres »

L’enquête met en évidence une différenciation sociale liée à l’organisation et au déroulé des moments festifs : sortir en boite ou se poser dans la forêt, faire la fête en ville ou à la campagne, avoir beaucoup d’alcool ou peu dans une soirée, sont autant d’indicateurs qui différencient les jeunes « stylés », des jeunes « beaufs ».

Un risque de réputation et d’abus principalement féminin

Malgré un rapprochement des comportements d’alcoolisation ponctuelle importante des filles par rapport aux garçons, il persiste un maintien des stéréotypes genrés. Les jeunes filles font l’objet d’impératifs contradictoires de la part des garçons qui les jugent et les incitent en même temps à consommer. Il existe ainsi une catégorisation binaire entre les « putes » et les « filles bien ». Face aux risques d’abus, les jeunes filles mettent en place des stratégies de contrôle spécifiques, en privilégiant notamment les soirées dans “l’entre-soi protecteur du groupe” pour consommer.

Le « binge drinking » ou la perte de contrôle organisée La définition du « binge drinking » est une notion sujette à débat (fréquence, quantité, niveau d’ivresse recherché). Cette alcoolisation ponctuelle importante (API) constitue une forme d’ « ivresse organisée » ou de « perte de contrôle “contrôlée” ». Si ce type de consommation peut paraître anarchique au premier abord, elle est pourtant très codifiée :

  • Le lieu et la durée sont choisis et correspondent à la fin d’un cycle (fin de journée, de semaine de travail, d’année scolaire, …).

  • Les jeux d’alcool sont un élément propice à la perte de contrôle. Les règles de ces jeux aboutissent à des gagnants et des perdants. Elles accélèrent la consommation et entrainent une dynamique collective qui cimente les liens du groupe et alimentent les souvenirs communs.

  • Le groupe est souvent protecteur. Les jeunes adaptent leur consommation en fonction de l’état d’ivresse des autres. Le groupe joue dès lors un rôle de garde-fou par rapport aux excès individuels. Il raisonne le buveur excessif, développe des stratégies collectives pour stopper la consommation, s’occupe de celui ou de celle dont les effets sont montés trop vites. Ce rôle protecteur semble plutôt féminin, elles prennent soins des garçons comme des filles. Certaines se définissent comme la « maman » ou l’« infirmière » du groupe.

Les soirées alcoolisées conservent une place importante pour l’intégration sociale des jeunes. Malgré une bonne conscience des risques immédiats liés à la consommation excessive d’alcool, la connaissance des risques au long terme reste absente du discours des jeunes. Cette connaissance des risques repose essentiellement sur l’expérience personnelle acquise au cours des soirées. Cette enquête nous interroge également sur la facilité d’accès aux boissons alcoolisées chez les mineurs ainsi que sur le rôle de l’environnement familial dans cet approvisionnement et dans l’aide au financement des soirées, confirmant ainsi les résultats de l’enquête ARAMIS 1.

Source : OFDT. Alcool et soirées chez les adolescents et les jeunes majeures. Tendances n°149. Avril 2022. Disponible en ligne sur : www.ofdt.fr