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Médiation Santé-Pair : un métier au cœur de l’accompagnement en addictologie

31 août
4 min de lecture

LES ACTUS DU DSP



Rencontre avec Mme Marina Nau, médiatrice santé-pair au CSAPA Centre Hospitalier Henri Laborit de Poitiers.


Au sein d’un Centre de soins d’accompagnement et de prévention en Addictologie (CSAPA), les professionnels de santé et du secteur médico-social travaillent en complémentarité afin d’accompagner les personnes confrontées à des conduites addictives.


Médecins généralistes, addictologues, psychiatres, psychologues, infirmiers, éducateurs spécialisés, travailleurs sociaux, diététiciens, secrétaires médicales, animateurs… autant de compétences qui contribuent à une prise en charge globale.


Depuis quelques années, un autre métier trouve progressivement sa place au sein de ces équipes pluridisciplinaires : celui de médiateur ou médiatrice santé-pair (MSP). Encore méconnu, il suscite parfois des interrogations, tant sur son rôle que sur son parcours professionnel.


Que recouvre exactement cette fonction ? Comment devient-on MSP au sein d’un CSAPA ? Quelle est sa place dans le parcours de soins des personnes accompagnées ?

Pour répondre à ces questions, Mme Marina NAU, médiatrice santé-pair au CSAPA 86 depuis 2001, a accepté de partager son expérience et de nous faire découvrir son métier.

Propos recueillis par Yvelle ULLINDAH-RICARD, déléguée santé prévention, COREADD Nouvelle Aquitaine


ENTRETIEN


Comment présenteriez-vous votre métier de médiatrice santé-pair (MSP) à quelqu’un qui ne le connaît pas ? 

Pour présenter mon métier de façon simple, je dirais que j’accompagne et soutiens les personnes concernées par l’addiction en m’appuyant sur mon vécu personnel de la maladie, de mon parcours de soins et de mon rétablissement car j’ai connu pendant de longues années un trouble de l’usage à l’alcool ainsi que le trouble anxio-dépressif qui l’accompagne.

 

Comment devient-on MSP au sein d’un CSAPA ? Existe-t-il un parcours, une formation ou des prérequis particuliers ?

Aujourd’hui, la pair-aidance se développe en France et il existe plusieurs formations et diplômes pour la pratiquer de façon bénévole ou professionnelle. C’est une excellente chose mais cela peut aussi prêter à confusion. Je vais donc essentiellement vous informer sur la formation que j’ai suivie et qui est financée par l’ARS. L’ARS lance des appels à projets chaque année, pour la création de poste de médiateurs de santé pair au sein d’établissements hospitaliers et de structures médico-sociales. C’est ensuite, le Centre Collaborateur de l’OMS pour la recherche et la formation en santé mentale (CCOMS) qui recrute les candidats qui, sur le modèle de l’alternance, entreront en formation à l’université. Il existe deux formations de licence co-portées par le CCOMS : la licence Sciences Sanitaires et Sociales – parcours Médiateurs Santé Pairs existante depuis 2018, que j’ai suivie à l’université Sorbonne Paris Nord et la licence Professionnelle Médiateurs Santé Pairs à l’université de Bordeaux, depuis 2022. Le prérequis est le niveau bac+2 mais pour donner la possibilité au niveau bac d’être recruté, une VAE est proposée par l’université.

 

Pouvez-vous décrire votre rôle au quotidien au sein du CSAPA ?

Je mène principalement des entretiens individuels avec les usagers, je participe aux réunions d’équipe, aux projets, et je coanime un groupe de parole dédié aux consommateurs d’alcool. Je participe également aux actions de sensibilisation et de prévention en coanimant, par exemple, des séances d’éducation thérapeutique du patient (ETP).

 

Comment la médiation santé pair s’inscrit-elle dans le parcours des personnes accompagnées au CSAPA et comment ces personnes sont-elles amenées à vous rencontrer ?

Les personnes que j’accompagne me sont orientées par les médecins psychiatres, les psychologues et les référents infirmiers et éducateurs spécialisés. J’interviens principalement en co-suivi et davantage pour des accompagnements liés à l’alcool, bien que les mécanismes de l’addiction soient les mêmes pour tous les produits. Il s’agit d’accepter la maladie, de travailler sur la dépendance comportementale et psychologique et d’apprendre à modifier son comportement.

 

En quoi consiste la spécificité de votre posture par rapport aux autres professionnels de l’équipe ?

Ma posture d’ancienne usagère me permet de parler le même langage que mes pairs. Le fait d’avoir vécu l’addiction, les problématiques relationnelles, sociales et les émotions qui s’y rapportent est un atout pour créer l’alliance thérapeutique et pour donner de l’espoir. Dans les accompagnements ou lors des discussions avec l’équipe, j’essaie d’être au plus près du quotidien des personnes et d’apporter un regard concret.

Quelle place spécifique la médiation santé-pair occupe-t-elle dans le parcours de soins des personnes accompagnées en CSAPA aujourd’hui ?

Le parcours de soin au Csapa essaie de répondre au mieux aux besoins des personnes accompagnées et lorsque les professionnels constatent certains freins au changement et/ou un besoin de soutien par l’expérience, ils peuvent proposer aux personnes de me rencontrer. J’utilise mon savoir théorique sur l’addiction mais plus encore mes savoirs expérientiels. Ma spécificité et mon vécu sont intrinsèquement liés et de ce fait, je mobilise des éléments de mon parcours de vie. Par exemple, j’accompagne des personnes victimes d’emprise et de violences domestiques, car je sais combien il est difficile de sortir de ces mécanismes complexes et à quel point la consommation de produits en est l’une des conséquences. L’addiction est une maladie chronique en lien avec les émotions, l’estime de soi et mon souhait est d’apporter aux personnes un autre regard sur eux-mêmes en les aidant à identifier et à déployer leurs ressources.

 

Y a-t-il un aspect de votre métier ou de votre expérience que vous aimeriez ajouter et qui n’a pas été abordé dans ces questions ?

Oui, j’aimerais soulever quelques points sur la médiation santé-pair car beaucoup de personnes concernées par la maladie mentale sont attirées par ce métier qui donne sens au vécu. Mais il faut avoir conscience que cela demande du temps et de la patience pour s’intégrer à une équipe de soins et pour découvrir et mettre à profit ses savoirs expérientiels selon les besoins et les attentes de ses pairs.  De plus, selon les établissements de soins, nous sommes susceptibles d’être confrontés à des histoires de vie difficiles ce qui peut éprouver moralement, il est donc essentiel de ne pas perdre de vue son rétablissement et de savoir le prioriser.

 

À RETENIR :

Mieux connaître les missions des médiateurs et médiatrices Santé-Pair, c’est aussi mieux comprendre les ressources sur lesquelles les professionnels de soins premiers peuvent s’appuyer lorsqu’ils orientent une personne vers un CSAPA. Une meilleure connaissance des compétences de chacun favorise la coordination et contribue à un accompagnement toujours plus adapté aux besoins des personnes.

 

Pour aller plus loin


Article rédigé par Yvelle ULLINDAH-RICARD


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