top of page

À RETENIR | La prégabaline

  • 29 juil.
  • 5 min de lecture

Qu'est-ce que la prégabaline ?

La prégabaline (Lyrica® et génériques) est un médicament de la famille des gabapentinoïdes, indiqué chez l'adulte dans les douleurs neuropathiques, l'épilepsie et l'anxiété généralisée. Elle est un analogue du GABA, neurotransmetteur inhibiteur du système nerveux central. Elle agit en réduisant l'excitabilité des neurones impliqués dans ces troubles (1).


Les gabapentinoïdes peuvent provoquer des effets euphorisants qui ont entrainé une hausse des cas de mésusage et de complications ces dernières années.



Quels sont les effets secondaires ?

Les effets secondaires de la prégabaline incluent somnolence, vertiges, prise de poids, augmentation de l'appétit, tremblements, troubles de la mémoire et insomnie (1).

L'utilisation prolongée de prégabaline, peut faire apparaitre des risques majeurs (1, 2) :

  • De dépendance même sans antécédents d'addictions. Un arrêt brutal peut déclencher un syndrome de sevrage (anxiété, insomnie, sudation).

  • Des troubles neuropsychiatriques comme de la confusion, la désorientation, des troubles de la conscience, des ralentissements psychomoteurs et modification du comportement (agressivité, dépression).

  • Des complications graves lorsque la prégabaline est prise à forte dose ou en association notamment avec des opioïdes ou des benzodiazépines, avec des risques de déprime respiratoire, de coma et de complications cardiovasculaires.


Quels sont les conditions de prescription et de délivrance ?

En raison de ces risques de pharmacodépendance, d'abus et d'usage détourné les règles de prescription de prégabaline et de délivrance ont été modifiées. Depuis mai 2021, la durée de prescription des médicaments à base de prégabaline est limitée à 6 mois et nécessite une ordonnance sécurisée (2).


Quelles sont les données actuelles concernant les mésusages de la prégabaline ?

Selon le bulletin d’Addictovigilance de septembre 2019, 8 % à 12 % des patients exposés à la prégabaline dépassent les doses maximales recommandées de l'AMM (3).


12,8 % des nouveaux utilisateurs de prégabaline ont reçu, dans les deux années suivant l'initiation du traitement, une dose supérieure à la dose maximale recommandée (> 600 mg/j) (10).


D'après les enquêtes régulières Ordonnances Suspectes Indicateur d'un d'Abus Possible (OSIAP), la prégabaline était devenue l'un des médicaments les plus fréquemment retrouvés sur des ordonnances falsifiées ou volées, devançant parfois certaines benzodiazépines ou opioïdes. Depuis 2021, une nette diminution a été observée de 26,7 % en 2020 à 6 % en 2024 (4).


Les enquêtes DRAMES (Décès en Relation avec l'Abus de Médicaments Et de Substances) soulignent l'implication croissante de la prégabaline dans les poly-intoxications mortelles, particulièrement lorsqu'elle est associée à des opioïdes (méthadone, morphine, héroïne) ou à de l'alcool, démultipliant le risque de dépression respiratoire (5).


Les données d'addictovigilance et les travaux plus récents de l'OFDT (dispositif TREND) identifient principalement deux grands profils de mésusage :

  • Des patients traités pour une indication reconnue (douleurs neuropathiques, trouble anxieux généralisé) qui augmentent progressivement et fortement leurs doses, souvent dès les premiers mois de traitement, dans une logique d'automédication face à un soulagement jugé insuffisant, sans nécessairement se percevoir comme engagés dans une conduite addictive (6).

  • Deux populations principales, essentiellement masculines et marquées par une forte précarité sociale, une prévalence élevée de comorbidités psychiatriques (antécédents traumatiques, symptômes anxio-dépressifs) et de douleurs chroniques non prises en charge :

    • Des usagers d'opioïdes originaires d'Europe de l'Est, présentant une forte prévalence de l'injection et utilisant la prégabaline pour potentialiser les effets de la méthadone, de la morphine ou de l'héroïne

    • o   Un public plus jeune, originaire d’Afrique, comportant une part de mineurs non accompagnés, aux parcours migratoires récents et traumatogènes, vivant souvent dans une grande précarité.


La prégabaline est perçue par une partie de ces usagers comme un outil d'automédication plutôt que comme une drogue, ce qui complique la reconnaissance du trouble de l'usage et la prise en charge (7).

 

Quelles sont les recommandations de prise en charge d'un patient présentant des troubles de l'usage ?


À ce jour, il n'existe pas de recommandations spécifiques concernant la prise en charge du trouble de l'usage de la prégabaline. Celle-ci repose sur les principes généraux de l'addictologie, associant une approche centrée sur le patient, un accompagnement addictologique et une démarche de réduction des risques.


Réduction des risques

La réduction des risques vise à limiter les conséquences sanitaires et sociales du mésusage, qu'un objectif de sevrage soit présent ou non. Elle repose notamment sur :

  • un suivi clinique régulier afin d'évaluer l'évolution des consommations et de repérer les polyconsommations ;

  • une vigilance particulière concernant les associations avec les opioïdes, responsables d'une augmentation du risque de dépression respiratoire ;

  • une sécurisation de la prescription et de la délivrance en privilégiant les plus petits conditionnements disponibles et, lorsque cela est pertinent, une délivrance fractionnée (par exemple hebdomadaire) afin de limiter le stockage, le mésusage ou la revente ;

  • l'information du patient sur les risques liés aux fortes doses, à l'automédication et aux associations avec d'autres substances psychoactives.


Accompagnement à l’arrêt

En raison du risque de syndrome de sevrage, l'arrêt de la prégabaline doit toujours être progressif. La diminution de la posologie est adaptée à la tolérance du patient et aux symptômes de sevrage (paresthésies, dysesthésies, myalgies, céphalées, tachycardie, hyperhidrose, nausées, anxiété, irritabilité, idées suicidaires, etc.). En pratique, une réduction de 50 à 100 mg par semaine constitue un rythme généralement proposé, à adapter à la situation clinique. L'arrêt brutal expose notamment à un risque de convulsions et de syndrome confusionnel ou délirant (2,8).

À ce jour, aucun traitement de substitution n'a démontré son efficacité dans le sevrage de la prégabaline, y compris la gabapentine ou les benzodiazépines.

 

Organisation des soins

Pour les patients stabilisés, la prise en charge peut être réalisée en médecine de ville, idéalement en lien avec un CSAPA ou une équipe hospitalière d'addictologie. Une hospitalisation doit être envisagée en cas de consommation à très forte dose, de polyconsommations non stabilisées (alcool, opioïdes, benzodiazépines), d'antécédents d'épilepsie ou de comorbidités psychiatriques importantes.


Les professionnels doivent également rester vigilants au risque de report du mésusage vers la gabapentine et déclarer tout cas suspect au réseau des CEIP-A (2).

Outils et documents


Afin de soutenir les pratiques professionnelles et l'information des patients, la SRAE Addictologie Pays de la Loire met à disposition deux fiches repères sur la prégabaline (Lyrica®) : une fiche destinée aux professionnels de santé pour les guider dans le repérage et l'accompagnement du mésusage, et une fiche d'information et de réduction des risques conçue pour les usagers, traduite en plusieurs langues afin de faciliter l'accès à l'information auprès des publics (9).




 

Sources :

  1. Vidal — Prégabaline Biogaran : https://www.vidal.fr/medicaments/gammes/pregabaline-biogaran-75379.html

  2. ANSM — Modification des conditions de prescription de la prégabaline : https://ansm.sante.fr/actualites/pregabaline-lyrica-et-generiques-modification-des-conditions-de-prescription-et-delivrance-pour-limiter-le-mesusage

  3. Réseau français d'addictovigilance — Une crise des gabapentinoïdes ? (2019) : https://addictovigilance.fr/wp-content/uploads/spip/pdf/bulletin_pregabaline.pdf

  4. Vidal — Falsification d'ordonnances en officine (2026) : https://www.vidal.fr/actualites/37309-falsification-d-ordonnances-en-officine-quels-medicaments-sont-les-plus-concernes.html

  5. Toxicologie Analytique et Clinique — Les gabapentinoïdes dans DRAMES et DTA (2020), DOI : 10.1016/j.toxac.2020.09.075

  6. Vidal — Lyrica : mise en garde sur les risques d'abus (2016) : https://www.vidal.fr/actualites/19705-lyrica-et-generiques-pregabaline-mise-en-garde-sur-les-risques-d-abus-de-mesusage-et-de-dependance.html

  7. Rollet D. — Le mésusage de la prégabaline, un phénomène émergent, SWAPS (OFDT) : https://bdoc.ofdt.fr/doc_num.php?explnum_id=34652

  8. Généralistes et Addictions Hauts-de-France — Webinaire Prégabaline (2025) : https://gahdf.fr/2025/02/25/webinaire-pregabaline/

  9. SRAE Addictologie Pays de la Loire — Référentiel Prégabaline (2026) : https://srae-addicto-pdl.fr/referentiels/pregabaline-lyrica/

  10. Schjerning, O., Rosenzweig, M., Pottegård, A., Damkier, P., Nielsen, J., & Lublin, H. (2019). Abuse potential of pregabalin: A systematic review. CNS Drugs, 33(1), 9–25. https://doi.org/10.1007/s40263-018-0587-4

Commentaires


bottom of page