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« HANGXIETY » OU « GUEULE DE BOIS EMOTIONNELLE » : DE PARLE-T-ON ?

  • il y a 3 jours
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 16 heures

« Hangiexty » ou quand la gueule de bois s’accompagne d’anxiété

Se réveiller avec une « gueule de bois » n’est jamais une expérience plaisante (mal de tête, fatigue, nausée…), mais si ces lendemains de soirées alcoolisées étaient aussi sources de souffrances psychologiques ? C’est ce que plusieurs études ont cherché à démontrer.


Selon l’une d’elle parue en 2018 dans le Journal Clinical of Medicine[1], cette anxiété qui accompagne la veisalgie (nom scientifique de la gueule de bois, du norvégien kveis = inconfort succédant à la débauche et du grec algia = douleur) affecterait 12% des personnes. Pour décrire ce phénomène un nouveau terme a même fait son apparition il y a quelques années : l’« hangxiety », contraction des termes anglais hangover (gueule de bois) et anxiety (anxiété). Si les conséquences d’une consommation excessive d’alcool sont bien connues sur le plan physiologique, qu’en est-il de ses effets sur l’humeur et les émotions ? C’est notre question du mois !


« Hangxiety » ou « gueule de bois émotionnelle » : de parle-t-on ?

Il ne s’agit pas d’un diagnostic officiel, mais d’un phénomène bien étudié concernant l’augmentation de l’anxiété pendant la gueule de bois. Les symptômes psychologiques les plus fréquents, rapportés par les études, sont les suivants :

  • augmentation de l’anxiété (nervosité, inquiétude diffuse, impression de danger ou de malaise sans raison apparente) ;

  • rumination et pensées négatives (repasser la soirée en boucle, craindre d’avoir dit ou fait quelque chose de gênant, peur du jugement des autres) ;

  • sentiment de culpabilité ou de honte (souvent lié à l’inhibition provoquée par l’alcool et renforcé au fait de ne pas se souvenir de toute la soirée) ;

  • baisse de l’humeur (tristesse, sensation de “down” ou de vide) ;

  • irritabilité (réactions émotionnelles plus fortes et sensibilité accrue au stress).


Comment expliquer ce phénomène ?

S’il est établi que l'intoxication alcoolique altère la coordination motrice, le jugement et la prise de décision, elle peut également entraîner de l’anxiété pendant la gueule de bois. Plusieurs mécanismes biologiques sont impliqués :

  • Déséquilibre des neurotransmetteurs : l’alcool augmente l’effet du GABA, provoquant détente et désinhibition, tout en diminuant le glutamate, excitant. Le cerveau tente alors de compenser en augmentant la sensibilité ou le nombre de récepteurs au glutamate. Après l’arrêt de l’alcool, le glutamate agit alors de façon excessive, entraînant une hyperexcitabilité cérébrale, pouvant se traduire par anxiété, agitation et troubles du sommeil.

 

  • Perturbation hormonale : l’alcool augmente le taux de cortisol (hormone du stress) et dérègle la dopamine (plaisir) et la sérotonine (régulation de l’humeur), provoquant un état de stress et accentuant le sentiment de malaise ou de tristesse le lendemain.

  • Facteurs physiques : la déshydratation, la mauvaise qualité du sommeil et la chute du taux de sucre dans le sang contribuent à fragiliser l’équilibre émotionnel.


L’ensemble de ces effets combinés crée donc un terrain propice à l’anxiété du lendemain de soirée alcoolisée. Cette anxiété peut paraître alors disproportionnée par rapport à la situation réelle. Delphine Py, psychologue spécialisée en thérapies cognitives et comportementales, explique ce phénomène dans cette vidéo destinée aux réseaux sociaux :




Tous égaux face à l’hangxiety ?

Non, l'anxiété liée à la gueule de bois toucherait environ 12% des personnes[1]. Certains facteurs favorisent son apparition comme des antécédents d’anxiété, une consommation rapide ou importante d’alcool, une sensibilité au manque de sommeil. Ces changements d'humeur peuvent aussi être liés à une consommation problématique d'alcool.

Par ailleurs, certaines études[2] ont démontré (dans d’autres contextes) une corrélation entre la catastrophisation de la douleur (tendance à exagérer la douleur ou à s'attendre au pire) et l’anxiété. Comme la gueule de bois s’avère souvent douloureuse, ce profil de personne pourrait donc être plus enclin à ressentir de l’anxiété. Selon une étude publiée dans le Journal of Clinical Medicine en 2020, le catastrophisme de la douleur est un indicateur plus fort de la sévérité perçue de la gueule de bois que les concentrations maximales estimées d’alcool sanguin (eBACs)[3]



Quelques conseils pour réduire le risque d’hangxiety

Le premier conseil pour éviter l’hangxiety est bien sûr d'éviter tout simplement de boire de l’alcool ou de limiter sa consommation et boire et plus lentement. Les recommandations classiques de réduction des risques peuvent être rappelées : manger avant et après la soirée, alterner consommation d’alcool et d’eau, attendre de ressentir les premiers effets de l’alcool avant de se resservir, éviter les jeux d’alcool, dormir suffisamment et éviter de boire ou limiter fortement le nombre de verres si l’on se sent angoissé, déprimé ou fatigué, le risque étant accru.


Si l’hangxiety survient malgré tout, il est conseillé de pratiquer des exercices de respiration ou de méditation, prévoir une « journée off » après une grosse soirée pour se reposer et éviter toute  source de stress supplémentaire (professionnel ou familial), pratiquer une activité physique ou un loisir pour se détendre (voir aussi santementale-info-service.fr).

Selon une étude[4] menée auprès d’étudiants britanniques, partager cette expérience de gueule de bois avec d’autres et aiderait à gérer cette anxiété et permettrait même de renforcer les liens d'amitié.


Pour conclure, être attentif à sa consommation d’alcool et à la fréquence des épisodes de gueules de bois permet aussi d’être alerté sur une dérive vers la perte de contrôle et l’addiction. Faire le point sur sa consommation d’alcool ne peut être alors qu’être bénéfique (lire l’article Comment savoir si on boit trop en soirée ?).

 

Sources :

  1. Verster, J.C., Slot, K.A., Arnoldy, L., van Lawick van Pabst, A.E., van de Loo, A.J.A.E., Benson, S. & Scholey, A., 2019. The association between alcohol hangover frequency and severity: Evidence for reverse tolerance? Journal of Clinical Medicine, 8(10), p.1520. doi:10.3390/jcm8101520

  2. Granot, M. & Goldstein Ferber, S., 2005. The roles of pain catastrophizing and anxiety in the prediction of postoperative pain intensity: a prospective study. Clinical Journal of Pain, 21(5), pp.439–445. doi:10.1097/01.ajp.0000135236.12705.2d.

  3. Royle, S., Owen, L., Roberts, D. & Marrow, L., 2020. Pain catastrophising predicts alcohol hangover severity and symptoms. Journal of Clinical Medicine, 9(1), p.280. doi:10.3390/jcm9010280. 

  4. Griffin, C., Freeman, M., Adams, S. & Smith, P., 2018. ‘All suffering together’: student drinkers’ experiences of alcohol hangover. Addiction Research & Theory, 26(6), pp.533–540. doi:10.1080/16066359.2018.1453063



Pour aller plus loin :

Sites ressources et aide à distance : Alcool-info-service et santementale-info-service.fr



Autres articles scientifiques :




[1] Verster, J.C., Slot, K.A., Arnoldy, L., van Lawick van Pabst, A.E., van de Loo, A.J.A.E., Benson, S. & Scholey, A., 2019. The association between alcohol hangover frequency and severity: Evidence for reverse tolerance? Journal of Clinical Medicine, 8(10), p.1520. doi:10.3390/jcm8101520

[2] Granot, M. & Goldstein Ferber, S., 2005. The roles of pain catastrophizing and anxiety in the prediction of postoperative pain intensity: a prospective study. Clinical Journal of Pain, 21(5), pp.439–445. doi:10.1097/01.ajp.0000135236.12705.2d.

[3] Royle, S., Owen, L., Roberts, D. & Marrow, L., 2020. Pain catastrophising predicts alcohol hangover severity and symptoms. Journal of Clinical Medicine, 9(1), p.280. doi:10.3390/jcm9010280.

[4] Griffin, C., Freeman, M., Adams, S. & Smith, P., 2018. ‘All suffering together’: student drinkers’ experiences of alcohol hangover. Addiction Research & Theory, 26(6), pp.533–540. doi:10.1080/16066359.2018.1453063

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