LA PLACE DE L’ACTIVITE PHYSIQUE ADAPTÉE EN ADDICTOLOGIE
- 3 avr.
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Comprendre l’addiction : une pathologie complexe

L’addiction est une pathologie caractérisée par une consommation incontrôlée d’une substance ou la répétition d’un comportement, malgré la connaissance de ses conséquences néfastes. Les individus concernés continuent à consommer ou à s’engager dans ces comportements, bien qu’ils soient conscients des dommages potentiels sur leur santé, leur vie sociale ou professionnelle.
Selon l’American Psychiatric Association, l’addiction se manifeste notamment par une perte de contrôle, un craving, une tolérance accrue et des symptômes de sevrage.
Les motivations à l’origine de la consommation sont multiples : recherche de plaisir, amélioration des performances, gestion du stress, pression sociale ou simple curiosité. La dépendance peut concerner des substances telles que le tabac, l’alcool, le cannabis, les stimulants ou les opioïdes, mais également des comportements (jeux, écrans, etc.), soulignant la diversité des formes d’addiction.
Les personnes souffrant d’addiction peuvent être conscientes de leur problème sans parvenir à y mettre fin. Cette difficulté s’explique par des modifications neurobiologiques, ce qui conduit aujourd’hui à considérer l’addiction comme une maladie chronique du cerveau.
Les travaux de Rita Z. Goldstein et Nora D. Volkow ont mis en évidence une altération du fonctionnement de certaines régions cérébrales, notamment le cortex préfrontal, impliqué dans la prise de décision et le contrôle inhibiteur.
L’addiction est associée à une perturbation du circuit de la récompense, en particulier du système dopaminergique. Ces modifications cérébrales contribuent à expliquer la persistance de la consommation, la perte de contrôle et le risque élevé de rechute.
Prise en charge adaptée
La prise en charge des addictions repose généralement sur une approche globale et individualisée, combinant des traitements médicamenteux (selon la substance concernée) et un accompagnement psychologique, notamment les thérapies cognitivo-comportementales. Cette prise en charge doit tenir compte des habitudes de consommation du patient ainsi que des dimensions médicales, psychologiques et sociales liées à l’addiction.
La dépendance doit être considérée comme une maladie chronique, nécessitant une prise en charge globale et prolongée, similaire à celle d’autres pathologies.
L’activité Physique Adaptée comme outil complémentaire

Dans ce contexte, certains scientifiques se sont intéressés à la place de l’activité physique comme outil complémentaire dans le traitement des addictions. Reconnue pour ses effets bénéfiques sur la santé mentale et la réduction du stress, elle apparaît comme une approche pertinente pour accompagner les patients.
De nombreuses recherches ont mis en évidence ses effets positifs sur la santé mentale et physique des personnes souffrant d’addictions, notamment par la réduction des symptômes anxieux et dépressifs, ainsi que par une diminution du risque de rechute (reprise de la consommation après une tentative d'arrêt).
Une étude qualitative (Piché et al., 2024) récente montre que les patients perçoivent l’activité physique comme un véritable outil de soin, leur permettant de se reconnecter à leur corps et de prendre soin d’eux-mêmes, ce qui constitue souvent une difficulté majeure dans les parcours addictifs. Elle favoriserait également le maintien de l’abstinence et le processus de rétablissement pendant et après le traitement.
Par ailleurs, la thérapie par l’activité physique apparaît comme un levier efficace pour réduire les symptômes liés au stress, tels que la dépression, l’anxiété, les troubles du sommeil ou encore la fatigue, contribuant ainsi indirectement à limiter les rechutes.
Un autre aspect essentiel concerne la dimension sociale. L’addiction entraîne fréquemment un isolement important. L’activité physique, notamment lorsqu’elle est pratiquée en groupe, permet de recréer du lien social, souvent de manière positive et valorisante.
Le Projet Moov’Addict
Dans le cadre de mon travail en tant que Déléguée Santé Prévention, j’ai eu le plaisir de rencontrer trois professionnelles de santé, Adeline, Laura et Marie-Anne, à l’origine d’un programme d’accompagnement à Oloron-Sainte-Marie destiné aux personnes souffrant d’addictions, basé sur l’activité physique adaptée : Le projet « Moov’Addict ».
Ce dispositif comprend des bilans individualisés (sport-santé et nutrition), des séances collectives d’activité physique, des ateliers sur l’alimentation ainsi que des groupes de parole, dans une logique de prise en charge pluridisciplinaire. Le programme se déroule en petit groupe de 10 patients et s’étend sur une durée de 12 mois.
Le recrutement des patients peut s’effectuer via un médecin généraliste ou un professionnel de CSAPA.
Les activités proposées sont variées et adaptées aux capacités de chacun. Un suivi individualisé est également mis en place afin d’accompagner les participants à la sortie du programme et de favoriser la pérennisation des habitudes de vie acquises.
Les retours observés montrent une bonne adhésion des participants. Certaines personnes initialement réticentes ont progressivement intégré le dispositif et développé un engagement durable, permettant la création d’un groupe stable et solidaire. Ces observations suggèrent qu’une intervention adaptée, même initialement perçue comme contraignante, peut contribuer à modifier les représentations et les comportements des patients.
Cette initiative apparaît particulièrement pertinente pour des publics parfois éloignés du système de soins, socialement isolés ou vivant en milieu rural. Elle permet aux participants de retrouver un équilibre de vie, de se réapproprier leur corps et de développer leur confiance en eux.
Ainsi, l’activité physique apparaît aujourd’hui comme un outil complémentaire prometteur dans la prise en charge des addictions, contribuant à améliorer la santé globale, le lien social et l’autonomisation des patients.
L’engagement des professionnels de santé illustre avec force que le soin ne se limite pas à traiter une pathologie, mais consiste aussi à redonner aux patients confiance, dignité et élan vers un mieux-être durable.
Vous trouverez ci-dessous les adresses mail des professionnelles à l’origine de ce projet. N’hésitez pas à les contacter pour toute question concernant sa mise en place et son organisation.

Bibliographie
Goldstein, R. Z., & Volkow, N. D. (2011). Dysfunction of the prefrontal cortex in addiction. Nature Reviews Neuroscience, 12(11), 652–669.
Piché, F., Girard, S., Plourde, C., & Romain, A. J. (2024). Physical activity during a treatment for substance use disorder: A qualitative study.
Abrantes, A. M., et al. (2009). Exercise and smoking cessation. American Journal of Addictions, 18, 100–101.
Siñol, N., et al. (2013). Physical exercise as complementary intervention in addictions. Adicciones, 25, 71–85.
Brown, R. A., et al. (2010). Aerobic exercise as treatment for drug dependence. Mental Health and Physical Activity, 3, 27–34.
Prapavessis, H., et al. (2007). Exercise and nicotine replacement therapy. Addictive Behaviors, 32, 1416–1432.
Roessler, K. K. (2010). Exercise treatment for drug abuse. Scandinavian Journal of Public Health, 38, 664–669.
Ussher, M., et al. (2003). Exercise counselling and smoking cessation. Addiction, 98, 523–532.


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