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PATHOLOGIE DUELLE : PRISE EN CHARGE HOLISTIQUE DES SEQUELLES COGNITIVES ET COMPORTEMENTALES APRES UNE LESION CEREBRALE ACQUISE

  • il y a 15 heures
  • 4 min de lecture

Cet article a pour objectif de communiquer des informations pratiques à destination des professionnels de santé qui souhaitent adapter leur accompagnement addictologique pour les personnes atteintes d’une cérébrolésion acquise.


Une récente étude régionale (CREAI 2025 [1]) a permis de mettre en lumière que 80 % des établissements interrogés, accueillant un public présentant une cérébrolésion acquise, étaient concernés par un mésusage ou une conduite addictive.


La comorbidité « addiction – lésion cérébrale » est fréquente. Les substances psychoactives sont des facteurs de risque de troubles cognitifs voire de lésion cérébrale (par exemple, tabac et AVC ; alcool et traumatismes crâniens) et les troubles cognitifs sont eux-mêmes des facteurs de risque d’addiction (par exemple : impulsivité, fragilité psychologique). Dans ce cadre, les lésions cérébrales et les troubles cognitifs sont fréquents en addictologie.


Clés de repérage des difficultés associées à une lésion cérébrale acquises et stratégies d’adaptation

Fonction cognitive atteinte

Repérer les difficultés

Utiliser des stratégies

Mémoire :

 

· Épisodique : « je me souviens »

· Sémantique : « je sais »

· Procédurale : « je fais »

A court-terme

· Difficultés à se souvenir des échanges, des situations à risque, de ce qu’est le craving

· Difficultés à suivre l’entretien

· Difficultés à se souvenir des rendez-vous

· Difficultés à acquérir de nouvelles habitudes

· Incohérences

· Désorientation dans le temps et l’espace : difficulté à estimer les consommations et leur fréquence, difficulté à se rendre en consultation

· Donner des indices

· Diminuer le nombre d’informations

· Noter les informations / rendez-vous, envoyer des SMS de rappel

· Utiliser des post-it, carnet, agenda, pilulier sonore, alarmes, montre, GPS… et les placer dans un lieu de passage

· Éviter les distractions

· S’appuyer sur les proches

· Utiliser des rituels

Langage

· Troubles de la compréhension, à l’oral ou à l’écrit

· Difficultés d’élocution et pour trouver ses mots

· Difficultés à lire et écrire

· Troubles de déglutition (vigilance aux pastilles nicotiniques)

· Difficultés à comprendre les sous-entendus, l’humour

· Troubles du calcul

· Orienter vers un orthophoniste

· Utiliser des synthèses vocales, des pictogrammes (disponibles sur https://poleressources-clana.fr/ressources-documentaires/)

· Prendre le temps d’écouter la personne, adapter le débit de parole, vulgariser sans infantiliser, reformuler

· Passer par l’écrit

Praxies (gestes)

· Difficultés d’utilisation d’objets (par exemple, vapoteuse)

· Difficultés avec les gestes fins (par exemple, coller un patch)

· Impact sur l’écriture, la prise de traitement, l’alimentation…

· Décrire les étapes

· Utiliser des outils adaptés (brosse à dent électrique…)

 

 

Troubles neurovisuels et négligence spatiale unilatérale (négligence d’une moitié du corps et de l’espace)

· Interdiction de conduire : perte d’autonomie

· Mise en danger

Placer les objets / informations importants du côté non négligé

Attention

· Difficultés à suivre l’entretien, ralentissement

· Difficultés en groupe (distractions, double tâche)

· Décrochages et fluctuations

· Difficultés de mémorisation

· Saturation mentale, surcharge

· Fatigue

· Digressions

· Faire des phrases brèves et claires

· Limiter le nombre d’informations

· Faire des pauses

· Éviter les distractions (environnement calme), utiliser un casque antibruit

Fonctions exécutives :

· Flexibilité mentale (capacité d’adaptation)

· Inhibition

· Prise de décision

· Planification / organisation

· Impact sur le comportement : impulsivité, manque d’initiative, comportement inadapté…

· Difficultés pour s’organiser, pour anticiper les situations à risque

· Difficultés de prise de décision, de jugement (favoriser la récompense immédiate)

· Difficultés à empêcher les automatismes et à résister au craving

· Difficultés à changer les habitudes, les croyances, à trouver des solutions alternatives

· Découper une tâche en sous-étapes claires

· Limiter les imprévus, anticiper les changements

· Éviter de multiplier les tâches

· Stimuler la personne (par exemple, système sonore avec alarme pour inciter à l’activité)

· Utiliser une check-list, prioriser

· Développer des stratégies en amont des situations à risque (plan d’urgence…)

Cognition sociale :

· Émotions

· Normes sociales

· Absence de conscience des troubles

· Difficultés à identifier ses points forts et faibles, les déclencheurs du craving

· Difficultés à se mettre à la place d’autrui : conséquences sur l’entourage

· Conflits

· Dysrégulation émotionnelle

· Biais (méfiance d’autrui)

· Perte du second degré, des sous-entendus

· Difficultés avec les codes sociaux et le non-verbal

· Éviter les sous-entendus, être explicite

· Développer la compréhension du non-verbal

· Valoriser les changements

· Accompagner l’entourage

· Favoriser l’expression des émotions (supports comme la roue des émotions)

· Proposer des ateliers en petit groupe pour entraîner les interactions sociales

 

Les difficultés cognitives ont aussi un retentissement psychologique : repli sur soi, sensibilité accrue au regard des autres, baisse de l’estime de soi, irritabilité… Ces difficultés peuvent à leur tour renforcer la vulnérabilité des personnes face aux conduites addictives.


Dans ce contexte, le repérage des troubles cognitifs par les professionnels est essentiel pour adapter l’accompagnement en addictologie. Mieux comprendre ces difficultés permet d’ajuster les pratiques, de simplifier les informations et de proposer des stratégies concrètes pour soutenir les personnes dans leur parcours de soins.


Cet accompagnement repose également sur une bonne coordination entre les différents professionnels. Utiliser des outils communs, partager un langage simple et cohérent et prendre le temps de vérifier la compréhension sont autant d’éléments qui facilitent l’accompagnement.


Accompagner des personnes présentant des troubles cognitifs demande du temps, de la patience et de l’empathie. Adapter les pratiques, répéter si nécessaire et rester attentif aux besoins de la personne concernée sont des leviers essentiels pour favoriser l’accès et l’adhésion aux soins.

 

Pour plus d’informations sur la thématique :

 

Auteur : Amandine LONGEAU Psychologue - Neuropsychologue

Co-Auteur : Pauline TEXIER Référente au Pôle ressource Cérébrolésion Acquise Nouvelle-Aquitaine


Ce document est une synthèse d’une présentation réalisée lors de la journée « Addictions et cérébrolésions acquises » organisée par le CLANA le 24 septembre 2025 à Saintes.


[1] La prévention des addictions et la réduction des risques et des dommages dans les ESMS handicap ARS et CREAI Nouvelle-Aquitaine (juin 2025)


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