À RETENIR Addictions et TDAH : l’enjeu du double repérage
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Le trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) reste encore largement sous-repéré chez les personnes présentant des conduites addictives, alors même qu’il est particulièrement fréquent dans cette population. On estime qu’environ 1 patient sur 4 suivis pour une addiction présente un TDAH, avec des taux pouvant atteindre 40 % dans certaines addictions sans substance. De même, la prévalence des addictions avec et sans substance atteint 50 % chez les porteurs de TDAH [1].
Ce lien étroit entre TDAH et addictions doit inviter à changer de regard et augmenter le repérage. Certaines consommations peuvent être une tentative d’adaptation face à des difficultés attentionnelles, une impulsivité ou une dysrégulation émotionnelle non identifiées.
Repérage : une place pour les soins premiers ?
Des outils comme l’ASRS (Adult Self Report Scale) [2] ou la WURS (Wender Utah Rating Scale)[3] permettent d’identifier des situations à risque et d’orienter vers une évaluation approfondie. Leur utilisation combinée est recommandée pour limiter les faux négatifs.
ASRS a été développée par l’Organisation Mondiale de la Santé et représente l’outil le plus utilisé pour le repérage du TDAH chez l’adulte. Cet auto-questionnaire simple et rapide permet de détecter de potentiels symptômes indiquant qu’un examen clinique plus approfondi est nécessaire.
WURS, également un auto-questionnaire, a pour objectif de recueillir, de façon rétrospective, les symptômes du TDAH pendant l’enfance afin de reconstituer le profil historique des symptômes chez l’adulte.
Ces outils peuvent être proposé dans une logique de repérage précoce, au même titre que les outils utilisés pour les conduites addictives. Ils permettent d’identifier des situations à risque et d’envisager une orientation adaptée. Dans un contexte où les troubles sont souvent intriqués, leur utilisation en soins premiers pourrait constituer un levier pour ne pas passer à côté d’un TDAH chez des patients avec des troubles de l’usage.
Diagnostic : une évaluation spécialisée
Conformément aux recommandations de bonnes pratiques de la Haute Autorité de Santé (HAS), le diagnostic de TDAH doit être posé par un médecin spécialisé du TDAH. Et sont considérés comme des médecins formés au diagnostic et au traitement du TDAH : « tous les médecins ayant suivi une formation sur le TDAH […] validée par son Collège national professionnel ainsi que les psychiatres de l’enfant et de l’adolescent, les psychiatres de l’adulte, les pédiatres, les neuropédiatres ainsi que les neurologues qui, compte tenu de leurs programmes d’enseignement magistral et pratique, ont acquis une connaissance sur le TDAH et les TND dans leur cursus de formation, ou validé une formation de DPC conforme à la recommandation »[4].
Il repose sur plusieurs éléments clés :
Analyse clinique détaillée et répétée dans le temps ;
Recherche de symptômes présents dès l’enfance ;
Evaluation du retentissement fonctionnel ;
Exclusion d’autres causes possibles.
Cette évaluation s’inscrit dans une filière diagnostique structurée, mobilisant des ressources spécialisées qui permettra ensuite de proposer une prise en charge adaptée.
En connaissant les outils du repérage et la filière d’orientation, les soins premiers sont un levier stratégique pour contribuer à réduire l’errance diagnostique et à améliorer les parcours de soins. Repérer un TDAH, c’est mieux comprendre certaines consommations, éviter des échecs répétés de sevrage et proposer une prise en charge plus adaptée.
Pour accompagner les professionnels dans cette démarche, différents acteurs ont réalisé un guide “TDAH et addictions”, conçu comme un appui concret au repérage, à l’orientation et à la prise en charge : |
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[1] Norman Therribout, Romain Icick, Emily Karsinti, Alexandra Dereux, Frank Bellivier, Florence Vorspan, Cora Von Hammerstein, Lucia Romo, Trouble du Déficit de l’Attention/Hyperactivité et Addictions : concepts et applications cliniques pour une meilleure prise en charge, Annales Médico-psychologiques, revue psychiatrique, Volume 183, Issue 3, 2025, Pages 249-258, ISSN 0003-4487
[2] Kessler, R. C., Adler, L., Ames, M., Demler, O., Faraone, S., Hiripi, E., Howes, M. J., Jin, R., Secnik, K., Spencer, T., Ustun, T. B., & Walters, E. E. (2005). The World Health Organization Adult ADHD Self-Report Scale (ASRS): a short screening scale for use in the general population. Psychological medicine, 35(2), 245–256.
[3] Ward, M. F., Wender, P. H., & Reimherr, F. W. (1993). The Wender Utah Rating Scale: an aid in the retrospective diagnosis of childhood attention deficit hyperactivity disorder. The American journal of psychiatry, 150(6), 885–890.
[4] RBPP, « Trouble du neurodéveloppement / TDAH : Diagnostic et interventions thérapeutiques auprès des enfants et adolescents », Haute autorité de santé, 2024.


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