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POURQUOI L’ALCOOL ABIME-T-IL DURABLEMENT LE CERVEAU ?

  • coreadd
  • 24 sept. 2025
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 25 sept. 2025

Chaque gorgée d’alcool agit sur le cerveau, avant même que l’on s’en rende compte. Des récits les plus anciens aux connaissances scientifiques les plus récentes, un tour d’horizon des effets de l’alcool sur le cerveau.


 

L’ivresse et ses comportements : une longue histoire de stigmatisation

L’ivresse alcoolique induit des modifications du comportement. Ces dernières ont longtemps été interprétées comme à l’origine de troubles moraux et sont très bien référencée dans les textes anciens (textes égyptiens, grecs et latins). Citons par exemple La Bible, avec l’histoire de Noé (Genèse 9:20-21) qui, après le Déluge, plante une vigne, boit du vin et s’enivre, ce qui conduit à une scène de nudité et de honte ; ou encore l’histoire de Lot (Genèse 19:30-38), que ses filles enivrent afin d’avoir une descendance avec lui.


Ce n’est qu’avec l’évolution des sciences médicales et sociales au XXᵉ siècle que ces phénomènes ont commencé à être considérés comme des maladies. Cependant, l’héritage moral reste très présent dans les représentations sociales et continue d’alimenter la stigmatisation.


Affiche de prévention alcool du début

du 19e siècle sur les troubles physiques et moraux




Toute consommation d’alcool a des effets sur le cerveau…

L’alcool est un produit psychoactif, c’est-à-dire qu’il a une action directe sur le cerveau en modifiant la conscience et les perceptions, et de ce fait le ressenti et les comportements.

  • À court terme. Les effets de l’alcool commencent à apparaître dès le premier verre : augmentation du temps de réaction, diminution des réflexes, baisse de la vigilance et de la résistance à la fatigue, perturbation de la vision, coordination des mouvements… Les conséquences de l’alcoolisation ponctuelle sont bien connues en termes de santé publique : risque majoré d’accident de la voie publique, augmentation de risques psychosociaux (agressivité, rapports, sexuels non protégés…) et coûtent cher à la société.

  • À moyen et long terme. Les effets des consommations à moyen et long terme sur le cerveau, même à faible quantité, sont bien documentés par la science : troubles de l’attention, de la concentration, de la mémoire, des capacités d’abstraction et des fonctions exécutives, troubles de l’humeur… Ces conséquences ont un impact direct sur toutes les sphères relationnelles de la vie du consommateur : familiale, amicale, professionnelle…

 

Deux périodes doivent particulièrement attirer l’attention :

  • L’adolescence est une période de maturation du cerveau pendant laquelle de nombreuses connexions synaptiques s’établissent. Cette plasticité rend le cerveau plus vulnérable aux substances toxiques. Ainsi, durant cette période, la consommation d'alcool est particulièrement néfaste, notamment lors de consommations importantes (binge drinking). La répétition de ces épisodes peut laisser des stigmates à plus long terme.


  • Lors de la grossesse, l'alcool est toxique et tératogène pour le fœtus, même à faible quantité. Les atteintes cérébrales et cognitives liées à l’exposition prénatale à l’alcool sont bien documentées et apparaissent dans le tableau clinique des troubles du spectre de l’alcoolisation fœtale. C’est pour ces raisons qu’il est recommandé une absence totale de consommation d’alcool pendant la grossesse, aussi bien pour la mère que pour le père.


… jusqu’aux atteintes neurologiques

La consommation chronique d’alcool peut être à l’origine de deux pathologies bien identifiées :

  • L’encéphalopathie de Wernicke est une pathologie neurologique provoquée par une carence en vitamine B1 (thiamine). Elle survient surtout chez les personnes ayant une consommation chronique d’alcool, mais aussi dans d’autres situations de malnutrition ou de dénutrition (chirurgie bariatrique, cancer, anorexie, etc.).

 

Le dépistage est difficile car elle peut facilement être confondue avec d’autres troubles tels que l’ivresse, le delirium tremens lié au sevrage, l’encéphalopathie hépatique ou diverses affections neurologiques. Ses premiers signes cliniques sont souvent discrets et peu spécifiques : nausées, vomissements, perte de poids, troubles mnésiques. L’encéphalopathie peut être caractérisée par une triade de symptômes :

  • confusion (désorientation, troubles de conscience),

  • troubles oculomoteurs (nystagmus, diplopie, paralysie oculomotrice),

  • ataxie (troubles de l’équilibre et de la marche).


Cette triade n’est présente que chez 10 à 30 % des patients, ce qui conduit à un sous-diagnostic fréquent.


En cas de prise en charge rapide (administration intraveineuse de thiamine, avant toute perfusion de glucose), une amélioration est possible, parfois complète. Cependant, si le diagnostic est tardif ou absent, il existe un risque de progression vers le syndrome de Korsakoff.

 

  • Le syndrome de Korsakoff est un syndrome résiduel qui survient chez les patients ayant présenté une encéphalopathie de Wernicke non traitée de façon adéquate par la thiamine. Ses symptômes sont chroniques et peuvent être irréversibles. Les déficiences cognitives, en particulier mnésiques, ont un impact majeur sur la vie quotidienne du patient et sur son sentiment de soi et d’identité. Il se caractérise par :

    • une amnésie antérograde sévère (incapacité de créer de nouveaux souvenirs),

    • une amnésie rétrograde partielle (trous de mémoire pour des événements passés),

    • des confabulations (le patient invente inconsciemment des récits pour combler les vides mnésiques),

    • des troubles cognitifs (difficultés de planification, d’abstraction, apathie),

    • une mémoire immédiate et implicite relativement préservées (apprentissage de gestes simples possible).

Le traitement repose avant tout sur l’administration de thiamine associée à une abstinence complète d’alcool. Aucun autre traitement pharmacologique n’a démontré d’efficacité. La prise en charge s’appuie donc sur la réhabilitation cognitive, notamment les techniques de compensation de la mémoire (agendas, cartes mémoire, smartphones, montres connectées) et les méthodes d’apprentissage sans erreur, qui favorisent l’autonomie au quotidien.

 

Pour être efficaces, ces stratégies thérapeutiques doivent s’inscrire dans un cadre structuré avec des objectifs précis, un accompagnement suffisant et une intégration dans un programme global, en particulier en présence de comorbidités somatiques ou psychiatriques. Le rôle des professionnels en soins primaires, notamment les infirmiers, est central.

 

Participez au webinaire « Cerveau sous influence : comprendre les effets de l’alcool, de la première gorgée à la dépendance »

Comment l’alcool agit-il concrètement sur notre cerveau ? Quels sont les risques dès les premières gorgées ? Pourquoi certains publics, notamment les jeunes, sont-ils particulièrement vulnérables ? Dr Christelle Peybernard, psychiatre-addictologue et autrice de l’ouvrage « Mieux se protéger de la dépendance à l’alcool » nous éclairera sur les effets neurobiologiques et les risques précoces de l’alcool, mais aussi les pistes d’accompagnement.


Rendez-vous le 28 octobre, de 14h à 15h30 !



 

Pour aller plus loin

 

Bibliographie


Article rédigé par André Nguyen
Article rédigé par André Nguyen
Article rédigé par Clémentine Motard
Article rédigé par Clémentine Motard

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